janvier 2011

Visite de Grenade

Vendredi 28

Nous avons rendez-vous à 8h avec notre chauffeur-guide qui parle français. Il est agronome, professeur, végétarien, bavard, très intéressant et en retard. Les plantes n’ont aucun secret pour lui et il discute avec tout le monde. L’île est volcanique et formée de collines abruptes, dominée par les 840 m du mont St Catherine. Elle fait 34 km de long et 18 de large. Les maisons, des plus pauvres aux plus riches, arborent des couleurs incroyables. Certaines ont été détruites par le cyclone Yvan en 2004 et restent abandonnées. Le centre est couvert de forêt tropicale (elle aussi en partie dévastée). Après une marche au milieu des terrains agricoles, nous plongeons dans la forêt et dévalons un profond ravin couvert d’une végétation comme je l’aime (exubérante, riche et variée) pour découvrir les cascades des 7 sœurs. Nous nous plongeons avec délectation dans cette eau fraîche et douce qui semble couler directement des frondaisons. Après une brève escale à Grenville, nous visitons la côte Est, puis stoppons dans une coopérative qui produit du chocolat (excellent !) puis dans une rhumerie artisanale. Rentrons par la côte ouest. La nuit est maintenant tombée, notre guide roule vite et j’ai très peur qu’il ne fauche un passant, les trottoirs étant inexistants et les routes pas éclairées. Enfin nous arrivons sains et saufs. Maintenant, nous savons tout sur les épices, le chocolat, le rhum, les fruits exotiques et le reste… Belle île, et visite très intéressante.

Samedi 29

Juste sous Orion, devant une bonne pizza, nous regardons « Water World » avec plaisir.

Vous lire

Mercredi 26

La connexion internet est toujours hasardeuse, mais quel plaisir de vous lire ! Nous apprenons que Cath et Pierr’o ont perdu chacun 6 kg pendant la traversée mais qu’ils récupèrent bien. Que nos amis partis le même jour que nous, sur le bateau Kaya, en on bavés encore plus que nous et on du se détourner sur la Martinique pour faire des réparations. Ils parlent de vent atteignant force 8 à 9 ! Laurence nous annonce son arrivée pour fin mars, et Myrtille peut être pour mai. Pas d’amateur pour les vacances de février ?

Jeudi 27

Petite virée à St Georges pour poster la clé USB de Pierr’o. Nous voulions visiter le « Botanic garden » mais ce n’est plus qu’un ensemble d’immeubles administratifs ! Le fort et l’église qui surplombent la ville ont été détruits par le dernier cyclone. Ne restent que les murs, quelques canons et une jolie vue. Le musée local est tellement miteux qu’il fait peine à voir, les quelques bestioles exposées en vitrine tombent en décomposition. Sinon, l’ambiance est toujours très animée, très bruyante et très colorée. On se sent en sécurité.

Saint Georges

Vendredi 21

Nous prenons le bus pour St Georges, la capitale. Beaucoup, beaucoup de monde et de bruit, peu de blancs. Le marché est comme dans mes souvenirs, plus petit peut être ! Je suis déçue de ne pas trouver d’ananas, beaucoup d’épices, bien sûr ! Nous achetons, mangues, cristophines, papayes et autres. Dans un petit restau pays, on nous sert un gros chausson au poulet, curry, très épicé. Gilles se met à suer à grosses goutes mais n’en laisse pas une miette ! Les touristes doivent être rare ici car le serveur est tout empressé et la patronne nous envoie des baisés en signe d’adieu. Ça vaut le coup de transpirer un peu ! Le soir, un orchestre de still-band vient jouer dans notre petite marina. C’est une musique énergétique et stimulante, on aimerait bien participer.

Samedi 22

Chaque matin pendant le bain nous grattons un peu la coque pour enlever algues et coquillages. C’est un bon exercice d’aquagym ! Récupérons lessive. Soirée spéciale « sailors »à la marina avec nos amis sud africains. Pizzas, punch et projection du film « Octobre rouge », en anglais bien sûre, avec attaque de moustiques et averse rafraichissante.

Dimanche23

Grand ménage de la couchette avant. Longue séance internet. Marche… Marche pas….

Lundi 24

Nous portons le spi à réparer, mais il est 16 h et la voilerie est déjà fermée. Discussion avec des Français qui ont rencontré quelqu’un qui s’est fait attaquer par des pirates au Venezuela. Ça fait froid dans le dos ! Nous nous posons beaucoup de questions pour savoir où aller maintenant et quand ? Dans l’immédiat, nous abandonnons l’idée du carnaval de Trinidad que tout le monde nous déconseille : trop dangereux et trop « business ». Nous continuons à nous renseigner.

Mardi 25

Adieu à nos voisins qui partent aujourd’hui pour Cariacou. A la voilerie, on nous met un petit bout de scotch auto collant sur l’accro et c’est gratuit ! Gilles, « l’homme qui sait tout faire » remplace, non sans mal, l’axe de la cuisinière par une vis. Et ça marche !

Départ de Cath et Pierr'O

Mardi 18

Nous sommes toujours au même endroit. Super ! Nous sautons à l’eau avec délice et savourons ce beau matin tout propre. Préparation des sacs à dos, dernières formalités de douane, restau à terre et nous prenons le taxi pour l’aéroport. Après une interminable attente, nos deux aventuriers réussissent à échanger leurs billets d’avion pour partir ce soir même. Quel dommage, sitôt arrivés ! Merci Pierr’o pour toutes ces vaisselles que tu as faites et ces petits plats qui nous on aidés à tenir le coup, et merci Cath pour ton précieux sourire et ton moral en acier … inoxydable. Nous nous séparons à regret, le taxi attend. Quelques courses au supermarché du coin et nous retrouvons Jiloumé, amputé d’une partie de son équipage. Mais, voilà nos voisins qui arrivent à la nage ! Un couple de sud-africains très sympathiques et qui font beaucoup d’efforts pour que l’on comprenne leur anglais. Quand l’avion de Catherine et Pierr’o nous survole, nous sommes déjà couchés.

Mercredi 19

Grasse mat et baignade. Alternance de pluie et soleil. Fuite d’eau au niveau du compas. Gilles remet l’éolienne en route. Je commence à taper le texte sur l’ordi. Jolie promenade jusqu’à la pointe de la presqu’île, parmi les riches villas d’où s’exalte une bonne odeur de gazon fraîchement tondu. Apéro sur le catamaran de nos voisins.

Terre !!!

Lundi 17

Premiers grains tropicaux durant la nuit. A l’aube, après dissipation des brumes matinales, nous apercevons enfin Grenade, et à tue-tête, nous entonnons la musique du film « 1492 » qui relate l’arrivée de Christophe Colomb aux Amériques. (Cela fait 2 jours que nous répétons !). Nous hissons avec plaisir le pavillon de l’île. Le sourire de Catherine est aussi radieux que le jour du départ ! Elle prend la barre. Nous préparons le bateau. Le vent forcit. L’eau devient vert véronaise. Nous n’arrivons pas très bien à nous situer. D’après le GPS il faut aller au nord, d’après la carte, au sud. Léger cafouillage, Cath ne sait plus où donner de la barre ! Nous passons entre deux rangées d’écueils que la mer recouvre d’écume blanche. Enfin, nous nous repérons et entrons triomphalement dans Prickly Bay. Nous ne sommes pas seuls, 50 bateaux sont au mouillage. Les frégates nous survolent, la végétation brille sous le soleil, l’eau a une couleur de paradis, les maisons sont comme des bonbons. Ça sent la vie, les Antilles, enfin ! Dès l’ancre posée nous sautons à l’eau, heureux comme des gosses. Nous avons réussi et c’est fini ! 26 jours de traversée, un huitième de tour du monde, 2800 milles derrière nous ! La coque à perdu beaucoup de peinture et sur 30 cm sous l’eau des milliers de coquillages s’accrochent comme des morpions. C’est impressionnant ! Après le bain, formalité à la douane. Promenade au crépuscule, accompagnés par le chant des grenouilles et le parfum capiteux des fleurs. Faute de langoustes, délicieuses pizzas dans le petit troquet du coin. Douce nuit, où, sans angoisse, on entend souffler le vent et tomber la pluie.

Plus qu'une nuit.

Samedi 15

Un des axes retenant la cuisinière a cassé net … Nous voilà bien ! La mer s’est un peu calmée. Gilles bricole une attache pour pouvoir renvoyer le spi. Nous constatons plus tard que celui-ci a un petit accroc. Par prudence nous l’affalons. Dommage nous perdons beaucoup de vitesse et roulons plus. Cath va mieux, elle essaye d’économiser ses cachets. Pêche infructueuse. L’avion de Cath et Pierr’o décolle à 20 h ce soir, sans eux !

Dimanche 16

Plus qu’une nuit à passer en mer, on ose à peine y croire ! Durant tout ce temps nous n’avons pas vu de spectaculaires coucher de soleil, les nuages cachant toujours l’horizon. Dommage ! La mer à toujours été inconfortable. C’est dur ! Pour la nourriture, on a assuré grave ! Il nous reste un chou rouge et quelques citrons et de quoi manger pour au moins 10 jours. Gilles et Pierr’o affinent le cap, contrôlent la route et recalculent chaque heure leurs prévisions d’arrivée. Les oiseaux de mer se font moins rares. Le temps passe.

La mer est grosse ...

Samedi 8

Echangerais grand océan vide contre petit sous-bois avec tendres fougères et tapis de mousse.

Dimanche 9

La mer est très grosse et nous assaille de tous les côtés à la fois. C’est vraiment dur, mais nous avançons. Cette nuit, pointe à 12 nœuds sous foc seul. Impossible de fermer l’œil.

Lundi 10

Cela fait deux jours que Catherine n’a pas vomis, nous reprenons espoir. Daurade au repas du soir. Je prends conscience que lorsque l’on rêve, bien sûr, on se retrouve ailleurs, mais dans un ailleurs stable, qui ne bouge pas, et sans l’étourdissant bruit des vagues. Comment le cerveau arrive t’il à s’isoler complètement de son environnement ? Ce serait bien de pouvoir accéder volontairement à cet état.

Mardi 11

Migraine, moral à zéro. Je reste dans ma couchette toute la journée. La mer s’énerve toujours, je préfère ne plus la voir !

Mercredi 12

Un goéland nous survole quelques instants, mais dans son bec, aucun rameau…

Jeudi 13

Le ciel est gris, la mer est ardoise, gribouillée de craie blanche par un élève rageur. Ici, tout le monde en a marre de ce rodéo sans fin. L’alizé est bien établi à force 6, mais les houles tricotent toujours leurs mailles de plus en plus grosses, mettant nos nerfs et nos cœurs en pelote.

Vendredi 14

Cette traversée est un grand trou dans le temps qu’il faut combler de tout petits riens : trois notes de musique, un brin de conversation, un poisson volant, une étoile filante, un bonbon….

Purée mousseline

Lundi 3 - Mardi 4

Depuis que Cath a mis un patch Scopoderm derrière l’oreille elle vomit à tous les repas. Nous sommes malheureux pour elle et la bichonnons de notre mieux. Pourvu qu’elle tienne le coup, il reste encore autant de distance à parcourir ! Il faut beaucoup de courage pour continuer à sourire comme elle le fait.

Mercredi 5

Cath a enlevé son patch et va mieux, à la place elle prend des anti-nauséeux avant chaque repas. En pleine journée l’anneau d’accroche du spi sur la delphinière (bout-dehors) casse net. Tout le monde à la manœuvre ! Sans notre coquelicot, nous avançons nettement moins vite et roulons plus.

Jeudi 6

A tue-tête, face au vent je hurle « bon anniversaire M Claude et grosses bises » j’espère que le message est bien arrivé ! Ce matin la mer s’orne de points blancs : vénéneuse amanite marine. N’y goute pas terrien ! Peu sont immunisés contre ses poisons salés et ceux qui en rechapent ne l’oublierons jamais… Cath a replongé la tête dans le seau ! Essayons diverses combinaisons de voiles et optons finalement pour génois seul. Gilles se prend un coup de tangon sur la tête et saigne un peu, mais pas suffisamment pour que j’exerce mes talents de couturière. Un bleu de plus, il en est déjà couvert ! Ce soir, Pierr’o, notre grand chef cuisinier, me demande discrètement « Au fait, Josiane, on fait comment déjà la purée mousseline ? »

Vendredi 7

La mer est grosse, hachée, certaines vagues font bien 4 ou 5m de haut. Nous tapons ; nous roulons vacarme… Cette nuit le GPS a enregistré une pointe à 9 noeuds 11. Au matin Cath et Pierr’o vont prendre une douche à l’avant, tout nus, avec harnais. Ah, ces jeunes ! Mais où vont'ils chercher tant d’érotisme ! Au grand désespoir des hommes, nous ratons une énorme daurade qui se détache à quelques mètres du bateau, d’où le fameux dicton chinois : « Rien n’sert d’faire chauffer la poêle tant qu’le poisson n’est pas sur l’pont ! »

 

Bonne année

Vendredi 31

Ce n’est pas terrible ce matin, ça remue beaucoup. Cath vomit son petit déjeuner avant même de l’avoir pris ! Pierr’o n’est pas au mieux, il a mal dormi. Moi, hormis le fait que j’ai une infection urinaire, que je suis constipée, que j’ai mal au crâne et lutte contre le mal de mer, tout baigne !!! Gilles rayonne comme à son habitude. Mais, tous ces mots se calment un peu, avec la mer, en cours de journée. A 17h la daurade est au bout du fil, ponctuelle ! Nous nous préparons à fêter dignement le jour de l’an, champagne et foix gras attendent au frigo. Mais, quelques toasts plus tard, Catherine, sans souci du gaspillage, renvoie tout à la mer. Plus personne n’a le courage de faire cuire la daurade, l’équipage honteux se refugie sur les couchettes. Le capitaine reste seul avec son envie de faire la fête. Il se console avec un pot de crème de marron et noie sa frustration dans la bouteille de champagne, qu’il vide consciencieusement. Un petit air d’harmonica et à minuit Cath nous réveille pour nous faire la bise et nous souhaiter la bonne année. Dur, dur de faire la fête en mer !!!

Samedi 1er Janvier 2011

Le champagne devait être bon car Gilles n’a même pas la gueule de bois ! Ce matin, l’équipage va mieux. Douches aux seaux. Nous avançons toujours avec spi et foc en ciseaux. Les derniers pains ont moisis et nous récupérons ce qui peut l’être pour le faire griller.

Dimanche 2

Il y a toujours beaucoup de bruit sur un voilier. Outre les vagues qui froufroutent ou cognent il y a le pilote qui hennit ou grince, les voiles qui claquent, les drisses qui gémissent, la vaisselle qui chahute, plus d’autres bruits non identifiables. Et puis, tous, nous entendons des voix, des murmures, un chien qui aboie, un mot, des rires d’enfants, un tas de sons tout à fait incongrus en ce lieu. Il n’est pas si difficile que ça de croire aux sirènes…. Dorade de 17 h : 61cm.

Tropique du Cancer

Mardi 28

Les quarts se passent tranquillement à écouter de la musique. A l’aube la mer est calme. Nous avons passé le tropique du Cancer. Le thon étant fini nous recommençons à tirer notre ligne. Il fait un peu plus chaud, nous en profitons pour prendre une douche sur le pont à grands seaux d’eau de mer. Tout va mieux aujourd’hui, nous sommes propres. A 17h nous remontons une daurade coryphène ; 53 cm. J’ai écrasé mes lunettes de soleil en m’assoyant dessus.

Mercredi 29

La mer est calme et nous permet de lire pour la 1° fois. Gilles bricole le dessalinisateur dont le rendement laisse à désirer. Je termine de lui couper les cheveux (voir vendredi 24). Il est beau mon Gilou et toujours en pleine forme, lui ! Vers 17h, la cloche du bord (offerte par Bernard) se met à tinter. Tout le monde a son poste ! La daurade cette fois atteint les 69 cm et est immédiatement découpée en filets par Catherine. Plus tard, un groupe de dauphins tachetés nous entoure. Ils sont peut être 50 ou 100, difficile à dire. Pendant plus d’une heure ils nous offrent un véritable spectacle. Les plus jeunes s’en donnent à cœur joie ; sauts, salteaux avant, pirouettes sur le côté, on ne sait plus où regarder ! Certains tapent de la queue sur la mer comme pour applaudir. Le plus turbulent (un Emeric sans doute) fait un bon hors de l’eau d’au moins 5 m ! Je crois qu’ils prennent autant de plaisir à faire les pitres que nous à les regarder. Petite pensée pour Jean … Pour la 2° nuit consécutive, il pleut pendant mon quart.

Jeudi 30

Cela fait plus d’une semaine que nous naviguons, je tente une interview.
Pierr’o : «  une semaine d’acclimatation ! Hormis le petit problème d’eau, tout roule ! Les conditions météo sont favorables. Je me sens tranquille et bien content d’avoir un rythme plus calme qu’à l’accoutumé. Content aussi de pécher et de manger daurades et thons. C’est comme cela que j’imaginais la traversée dans un bateau bien préparé et sécurisant ».
Cath : « un peu déçue de constater que je suis malade, je ne m’attendais pas à cela. Surprise aussi que le bateau bouge autant et tout le temps mais cela va mieux ! Pour moi, c’est un vieux rêve qui se réalise. Je suis très heureuse d’avoir rencontré les dauphins et quelques bateaux au loin. Je pensais aussi pouvoir plus facilement me distraire avec les occupations que j’avais apportées. Déjà je peux lire, dans 3 semaines je pourrais peut être peindre ! Je suis très étonnée aussi de ne pas avoir envie de gourmandises et de chocolat et j’aimerais pouvoir me baigner ! »
Gilles : « tout va bien ! J’arrive à régler les problèmes au fur et  mesure qu’ils arrivent. La météo est fiable, nous avançons correctement. La vie à bord se déroule bien dans une ambiance cordiale et sympathique. C’est dommage que les nanas ne soient pas toujours en forme, ceci dit, elles ont toujours assuré leurs quarts ! J’espère qu’elles ne vont pas trop s’impatienter d’arriver, c’est ma grande angoisse. Sinon, je suis extrêmement content que la pêche marche si bien, que le pilote William barre sans défaillance, que l’hydro générateur Gaston et le panneau solaire suffisent à notre consommation d’électricité. Seul Prunelle le déssalinisateur, comme les femmes, n’a pas un très bon rendement ! »