mars 2011

Contaminée par la fièvre acheteuse

Lundi 28

Contaminée par la fièvre acheteuse de Laurence, je craque pour une petite robe et un bas de maillot de bain. Entre deux pluies, nous nous glissons jusqu’à l’anse Meunier où nous laissons encore passer quelques gros grains avant d’aller à terre. La première plage est presque vide, la deuxième est parsemée de naturistes mâles, la troisième est idyllique ; sable blond, vagues légères, ciel bleu au dessus des cocotiers. Nous n’allons pas plus loin et plongeons dans ce paysage carte postale. Nous rentrons à la tombée du jour pour ne pas rater le coucher de soleil et restons sur place… Mais, le mouillage est rouleur et Laurence fait de son mieux pour caller son gros ventre.

Mardi 29

Entre roulis et pluies nous n’avons pas très bien dormi. Notre tentative pour aller voir les poissons est un échec total : aucune visibilité, mer agitée, courant. De retour à Sainte Anne nous essayons d’avoir une connexion internet mais, grève d’EDF, pas d’électricité. KAHYA qui devait venir boire l’apéro à bord se décommande. Mais le mouillage est calme et au moins nous dormons bien.

Mercredi 30

Nouvelle tentative pour internet, nouvel échec. Cette fois c’est notre PC qui semble en cause. A 13 h, nous partons vent dans le dos. Nous saluons au passage le rocher du Diamant que nos amis anglais avaient bardé de canons à notre intention. Trois heures plus tard, nous arrivons à Grande Anse d’Arlet. 17 h paraît être le bon moment pour déguster le boudin créole arrosé d’un Chablis bien frais.

La messe

Samedi 26

Après avoir fait le plein d’eau et de gaz oïl nous nous déplaçons jusqu’à Sainte Anne. Baignade. Après la pluie, beau coucher de soleil.

Dimanche 27

Nous débarquons au village juste à temps pour la fin de la messe. L’église déborde de fidèles qui bouchent toutes les entrées. Nous pouvons juste jeter un coup d’œil par une fenêtre. A l’intérieur, belle ambiance. Les chants religieux sont accompagnés de steel band, hanches et épaules bougent en rythme. Ça balance ! Les enfants portent les couleurs de leur quartier et beaucoup de femmes sont vêtues de dentelles blanches. Un peu plus loin, le marché. Peu de légumes, beaucoup de rhums arrangés et des épices. Nous achetons deux langoustes chez les pêcheurs et des accras de morue. Les rues sont bordées de boutiques pour touristes à la grande joie de Laurence. Aussitôt rentrés, nous dégustons nos langoustes en pensant bien à vous. Pour nous faire pardonner cette entorse au carême, nous empruntons le chemin de croix qui grimpe la colline d’où la vue sur la baie est très belle. Il fait chaud et un marchand de glace nous réconforte après cet effort démesuré. Nos amis de Joz viennent boire l’apéro et nous donnent un cours magistral sur les diverses façons de préparer le Ti Punch.

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Une agréable soirée

Dimanche 20 …..24

Rien de spéciale, hormis une agréable soirée avec Pierre Walter et Claire qui, finalement restent à dormir sur le bateau. Nous continuons nos emplettes et prenons une douche à la capitainerie (la 1° depuis Las Palmas) Le 24 au soir, arrivent Laurence, enceinte de 6 mois, Mathieu et leurs trois valises. Gil va les chercher au ponton avec l’annexe. Il faut bien 15 minutes sur cette mer clapoteuse. Je suis l’expédition en direct grâce au talkie-walkie que Gil n’a pas éteins. Quand ils sont sur le point d’arriver, je me prépare à les accueillir, seulement voilà, ils partent tout droit. J’ai beau crier, siffler, faire des signaux lumineux, rien à faire ; imperturbable l’annexe s’éloigne dans la nuit… Avant d’arriver sur le banc de corail Gil s’aperçoit qu’il n’y à plus de bateaux et fait demi- tour. Les voisins qui ont compris la situation allument un projecteur vers lequel Gil se dirige enfin. Après cette première mise en condition Lolo et Mathieu sont bien contents de se retrouver au sec devant une bonne flamenkuche de chez Lider Price.

Vendredi 25

Nous disposons jusqu’à 16 h de la voiture que nos deux amoureux ont louée hier pour venir au Marin. Après une douche (quel excès !) et l’achat d’une paire de chaussures (j’ai oubliée les miennes sur le bateau !) nous partons en direction du François. Belle campagne avec des troupeaux de vaches zébus et des bananeraies qui couvrent les collines d’un vert brillant. Excellent repas dans un restaurant perdu dans la montagne, avec vue sur la mer lointaine. Visite de la rhumerie Clément où, au milieu d’un parc botanique, une maison créole jouxte l’ancienne distillerie. Une bonne odeur de rhum flotte dans l’air, dans un champ en contrebas, on récolte la canne.

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On retrouve Kahya

Mercredi 16. 17. 18. 19.

Entre soleil et pluie, le temps s’écoule tranquillement. Quel plaisir de pouvoir se faire comprendre, d’aller dans des magasins où l’on trouve de tout, de manger des yaourts, de la viande et du bon pain. Nous demandons un devis pour faire la jonction bimini-capote, achetons un ordinateur de secours, portons le désalinisateur à réparer. Nous retrouvons Joz et Pierre (le copain d’Emeric) puis Alliance et enfin Kahya, avec Jean-Luc et Caroline. Pour eux, je me lance dans la cuisine locale et leur prépare un gratin de cristophines. Ils nous racontent leur traversée où J-Luc a barré 12 jours d’affilé, mettant le bateau à la cape quand il voulait dormir. L’enfer ! En repartant, Caroline rate l’annexe et tombe à l’eau. Dans sa précipitation pour la ramener à bord, J-Luc prend la direction opposée à son bateau et doit faire tout le tour de la rade… Aux dernières nouvelles, ils sont bien arrivés.

Le marin

Lundi 14

Vu l’accueil d’hier au soir nous décidons de repartir, le coin était pourtant joli. A 9 h nous décollons, la météo est favorable. Appuyés au moteur et poussés par les voiles, nous avançons à 7 noeuds. La mer est moins dure qu’hier. A 13 h, nous « plantons la pioche » à St Anne en Martinique près d’un bateau où 2 individus nous font de grands signes. Mais oui, ce sont bien nos amis allemands Suzi et Ingolf qui croisent de nouveau notre route. Conversation limitée mais rigolade assurée ! Partis de Las Palmas avant nous, ils ont mis 33 jours, dont une semaine de vent contraire, pour arriver à la Martinique. Ils n’ont pas bougés depuis, mais repartent demain pour le sud. Soirée chaleureuse.

Mardi 15

Pour faire les papiers d’entrée, nous poussons jusqu’au Marin. La baie est vaste mais les bateaux nombreux. Ambiance vacances… En passant devant un estanco de plongeur Gilles demande tout à coup : « vous connaissez Pierre Walter ? » (Copain d’Emeric) « Oui ! Mais il n’est pas là aujourd’hui, je vous donne son n° de téléphone ». J’en suis estomaquée, nous supposions juste qu’il était aux Antilles ! Tout est possible ici. Nous retrouvons aussi Patrick qui nous invite pour la soirée.

Vers le nord

Vendredi 11

Nous zonons un peu autour du village, essayons sans succès une connexion internet, achetons des fruits frais au marché rasta. A la terrasse d’un café un couple de français nous aborde, la discussion s’engage facilement. Ils sont en train de boucler, en 2 ans seulement, le tour du monde que nous rêvons de faire. Nous terminons la soirée sur leur bateau Tiamanga, amarré juste devant le notre. Nous récoltons informations, conseils et cartes. Patrick joue de l’accordéon, a été vétérinaire puis ébéniste, Naya est médium, ce qui pique ma curiosité.

Samedi 12

Ce matin, corvée douane et immigration car nous pensons partir demain. Avec Naya et Patrick nous louons un taxi pour aller voir un élevage de tortues. Il est fermé, mais nous profitons quand même des paysages de l’île et de ses cocoteraies. Après un petit restau face à la mer, nous leur faisons visiter Jiloumé. Au cours de la conversation nous apprenons par hasard qu’ils vivent dans le Beaufortin, non loin de Notre Dame. Ah !... et que Patrick a longtemps fait de la spéléo. Tiens ! Nous dressons l’oreille. Au S.C.L !! Quoi !!! Il était très ami avec Roland et Bubu !!!! Nous en restons baba. Cette fois, nous voici en famille. Le monde est petit et l’amitié est une tache d’huile qui s’étend sur la mer. Les amis ne disparaissent pas, nous les emportons avec nous.

Dimanche 13

Ils nous arrivent d’être matinaux, à 7h15 nous sommes déjà partis. Il y a beaucoup de route à faire car nous ne voulons pas nous arrêter à St Vincent qui a trop mauvaise réputation. Je suis à la barre et jette un coup d’œil à Gilles qui est en face de moi. Soudain, derrière lui, je vois un énorme dos noir suivi d’une queue majestueuse qui s’élève puis retombe dans l’eau sans une éclaboussure… Une baleine ! Juste là, à coté du bateau, et Gilles qui n’a rien vu ! Je suis toute émue. Nous guettons pour voir si elle va réapparaître, hélas non ! Je crois bien que cette fois Gilles est un peu jaloux, vous aussi peut être ? Dans le canal entre St Vincent et Ste Lucie nous heurtons les vagues de plein fouet, elles viennent se fracasser contre la capote qui nous protège efficacement. Nous nous faisons bien secouer (même pas malade !!!) Nous arrivons à Marigot Bay juste au coucher du soleil, le mouillage est bien encombré. Un autochtone nous amarre à une bouée et nous demande 20€. C’est très cher et les moustiques sont compris dans le prix, pas moyen d’y échapper !

Iles

Mardi 8 Mercredi 9

Après un dernier bain dans l’eau turquoise nous partons pour Canouan. La navigation entre les récifs est assez pointue, le GPS est d’une aide précieuse. Mouillage dans la baie de Charlestown. Le paysage est calme, un village, une plage avec un hôtel, quelques bateaux, mais sur l’eau, ça roule ! De grosses tortues nagent librement autour du bateau, on ne leur à encore pas passé la bague au doigt. Nous  emmenons à terre des suisses-allemands qui se sont fait voler leur annexe à Carriacou. J’ai peur pour la nôtre, elle n’a ni chaîne ni cadenas. Des français viennent nous demander la météo, nous leur offrons le thé, ils nous invitent à l’apéro du soir. Ils sont 5 à bord, travaillent à la Martinique et profitent des vacances scolaires pour une petite croisière sur leur bateau. Très sympathiques ils nous donnent moult renseignements utiles pour nos prochaines escales.

Jeudi 10

A 9h, nous levons l’ancre pour Bequia. La mer est pleine d’îles qui se découpent, mauves, sur un ciel encore pâle. Nos ancêtres français, marins sensibles, ont laissé libre cours à leur imagination pour les bien nommer. Ainsi peut-on lire sur les cartes ces parcelles de poésie ; Ile Ronde, Ile Large, Ile Caille, Ile du Diamant, Les Tantes, Les Sœurs, Petit Rameau, Petit Bateau, Petit Tabac, Récif de la fin du monde, Ile Moustique, Ile Tintamarre, et plus explicite encore les Iles Morpion et Punaise, le Trou Gras, Petit Bordel et Cap Moule à chique. Les cartes se lisent comme un roman et l’on aimerait bien connaître l’histoire de chaque nom !... En attendant, nous voici dans Admiralty bay à Port Elisabeth, et c’est très sympathique.

Tobago Cay

Jeudi  3 ,4 ,5 ,6

Une heure de moteur et nous voici à Tobago Kay. C’est pour moi le plus beau coin des Antilles, la meringue sur la tarte au citron ! Nous ancrons le bateau au même endroit qu’il y a….18 ans ! Juste un peu plus de monde ! Les 3 îlots sont dernière nous, la barrière devant qui nous attend. Nous ne sommes pas déçus. Je souhaite à tout le monde de se promener un jour au milieu d’un récif corallien. Il n’y a rien de comparable sur terre, c’est comme découvrir un nouveau monde avec des formes et des couleurs inimaginables. Nous surprenons une langouste, des poissons perroquets et un banc de poissons bleus roi électrique d’au moins 500 individus. Nous allons ensuite rendre visite à une colonie de tortues qui broutent sagement au fond de l’eau. Elles sont toutes baguées, nous sommes dans une réserve. Quand elles remontent respirer à la surface, on dirait qu’elles volent ! Magique ! Nous explorons les îlots, serties de turquoises et d’émeraude, des iguanes s’enfuient à notre approche, dodelinant de la tête. Les couleurs vibrent sous le ciel changeant, c’est magnifique ! Pour fêter cette apothéose nous dégustons une langouste achetée à un pêcheur et Gilles fait du pain, fort bon.

Lundi 7

Il y a maintenant beaucoup de bateaux battant pavillon français, des locations pour la plupart. Nous allons voir le plus proche pour échanger des livres. Nous en récupérons une quinzaine, me voilà rassurée. Ce troc est une tradition qui m’enchante, chaque fois qu’il y a une marina, un port ou un bistrot fréquenté par des plaisanciers on trouve une petite réserve de livres à disposition. Malheureusement trop peu en français. Demander des livres à un autre voilier est aussi un bon moyen de faire connaissance... Jiloumé est le plus petit bateau du mouillage (mais le plus beau, bien sûr). Un énorme monstre tout noir, avec des voiles grises, est ancré non loin de nous. Il doit faire entre 30 et 40 m, notre mât doit tout juste atteindre la hauteur de sa 2° barre de flèche (il en a 5). La nuit, sous sa coque, des projecteurs éclairent le fond, c’est surréaliste ! Un vieux gréement derrière l’île se paye le luxe de posséder 5 mats…  Nouvelle promenade sous-marine, en partant du bord. Nous croisons une vénérable tortue de belle taille et, plus loin, sur un fond de 2m une grosse raie pastenague (au moins 1m 50 d’envergure). Elle vient nous voir, nous contourne et se pose un peu plus loin. Sa queue dardée d’aiguillons venimeux nous impressionne, nous n’osons plus bouger. Elle semble nerveuse et se retourne brusquement lorsqu’un petit poisson la frôle. Nous reculons prudemment et allons voir plus loin… Je fais ma première aquarelle sur la plage de Jamesby. Quatrième jour sans pluie…

Moustache

Mardi 1er mars

Gilles en a marre de manger ses poils de moustache à chaque repas. Il décide de se raser… à l’eau de mer. Résultat : son joli minois est tout entaché de plaques rouges. Par pure gentillesse, je m’abstiens de prendre des photos ! C’est très joli ici, surtout avec le soleil ! Face à nous la barrière de corail où brisent les vagues, avec en second plan la mer parsemée d’îles mauves, sur notre gauche une plage de sable avec cocotiers, derrière nous, le village et les autres bateaux. Ce matin, formalités d’entrée : douane et immigration. Autour d’une coquette place ronde, des marchandes proposent fruits et légumes dans de minuscules cahutes colorées, un régal pour l’œil. Plus loin, un comité écologique pour la défense des tortues harangue la foule. Quelques jeunes filles nous régalent d’une démonstration de danses traditionnelles. C’est touchant. Balade sous-marine l’après midi et nettoyage de la coque. Elle en a grand besoin !!!

Mercredi 2

La matinée pour avoir une connexion internet, l’après midi pour faire le plein d’eau. Heureusement que l’on a le temps !!!

Balade

Vendredi 25

Il vente fort, il pleut dru. Bain et rinçage sous la pluie. Un hublot est resté ouvert, les sièges du carré sont trempés.

Samedi 26

Un temps de Toussaint décline ses tons de gris. Le vent est fou et ses rafales nous tourneboulent. La pluie ne veut pas faire de trêve. Nous restons à l’intérieur : repos, lecture, cinéma, soirée crêpes.

Dimanche 27

Incroyable, il fait beau, bien que le vent soulève encore des vagues dans la baie. Nous allons voir nos copains sur Joz puis débarquons sur la plage pour une promenade. Un chemin de campagne, encore tout humide des dernières pluies, nous fait traverser des pâturages où broutent en liberté chèvres et moutons. Nous atteignons la mer et le décor devient étrange, presque menaçant. Des arbres morts tendent leurs bras blanchis vers le ciel, d’autres sont coiffés de rousses perruques, d’autres encore étranglent de leurs racines de grosses roches noires. Des coquilles de lambis jonchent le sol, une cabane abandonnée, une plage de coraux brisés, puis en haut d’une colline des cactus et une vue plongeante sur la mer. En rentrant, un colibri noir et bleu butine des fleurs jaunes… Apéro chez nous avec le dernier saucisson de Chenelette conservé dans la cendre depuis bientôt 9 mois.

Lundi 28

Nous employons notre matinée à faire les formalités nécessaires pour quitter le pays. A 14h 30 nous levons l’ancre et naviguons au moteur, 3 h durant, face au vent et aux vagues. Je barre. L’arrivée à Clifton, sur l’île d’Union, ne paraît pas simple. Il faut louvoyer entre cayes et barrière de corail et le mouillage est bien encombré, mais un bateau pays nous guide et nous nous balançons bientôt mollement à l’abri des vagues.