novembre 2011

Santa Marta

Mardi 2

Voici 4 jours que nous sommes à Santa Marta, et nous commençons à avoir quelques repères ; le super marché le plus proche n’a plus de secret pour nous, nous savons où trouver les banques et les maisons de change (1€ vaut 2350 pesos, on se sent riche !), nous avons rerempli notre bouteille de gaz et acheté 20 m de tuyau pour l’eau. La laverie va être notre prochain objectif. La ville s’agrémente de quelques jolies places, mais c’est dans la rue principale que tout se passe. Les trottoirs sont encombrés de petits marchands qui proposent tout ce qui peut être vendu (chaussures, tissus, décorations de noël, lunettes, nourriture etc.…) La foule est si dense que l’on ne peut que progresser en file indienne en essayant de ne pas se perdre de vue. Les voitures qui klaxonnent et les motos qui pétaradent font un vacarme oppressant. Il ne fait pas bon être piéton, ici, c’est la loi du plus gros. Je n’ose pas prendre de photos ! Côté marina tout est propre et calme (sauf le week-end) Trois autres bateaux français sont au ponton, l’ambiance est sympathique. Susie me coupe les cheveux, j’en fais autant pour Gil. Nous visitons ensemble le musée del oro et projetons une balade organisée pour jeudi. Il fait lourd, toujours nuageux, souvent pluvieux.

 

Départ à la voile...

Jeudi 24

Départ à la voile. Le ciel est bien dégagé, peu de vent. Une heure plus tard, nous devons nous aider du moteur pour avancer. A 11 h, un joli poisson, version 2 personnes, se laisse attraper. Un maquereau, je pense ! Le temps de le déguster, deux énormes dauphins viennent jouer avec l’étrave. Le premier à la nageoire caudale un peu tordue, l’autre une tache blanche sur le flanc. Je ne sais pas les identifier. Le ciel s’assombrit devant nous, le vent se lève, la mer aussi. Un autre voilier fait route parallèle à la notre, nous donnant l’illusion d’être moins seul. La houle est grosse, nous allons vite. A 18 h, la nuit nous engloutie sous un lumineux réseau d’éclairs qui rend la mer blafarde. Par prudence, nous affalons la grand voile, ne gardant que le foc. A 10 h, cédant avec soulagement la place à Gil, je m’allonge enfin, alors que les premières gouttes s’écrasent sur le pont. Je n’ai pas fermé l’œil qu’une sonnerie parvient à mes oreilles. Je me relève en vitesse, tandis que Gil constate que le pilote automatique ne répond plus. Le vent qui est tombé avec la pluie nous a stoppés net et Williams ne sait plus quoi faire. J’attrape la barre, Gil met le moteur en route. La lumière du voilier qui nous précédait est maintenant derrière nous. Nous avons fait un demi-tour. Je récupère la trajectoire, tandis que Gil affale en vitesse le génois, le tout sous une pluie diluvienne avec des éclairs qui jaillissent de partout. Nous scrutons la nuit pour localiser l’autre bateau qui a du avoir le même problème. Il ne manquerait plus qu’une collision !!! Mais les éclairs sont si violents qu’ils nous aveuglent complètement. Gil se casse la figure. Repli à l’intérieur. Le bateau est secoué dans tous les sens. J’aime autant ne pas voir l’état de la mer ! Un coup de tonnerre juste à côté, nous fracasse les oreilles. Nous attendons avec angoisse, mais l’accalmie est longue à venir. Enfin, les éclairs se déplacent vers l’arrière. Quand je reprends le quart suivant, tout est plus calme, bien que les éclairs nous accompagnent encore.

Vendredi 25

C’est avec plaisir que nous retrouvons un pâle rayon de soleil. Pour mon anniversaire Gil prépare le petit déjeuné, mais je n’ai pas très faim ! Nous nous remémorons cette nuit dantesque, plus qu’un dernier cap à franchir ! Mais soudain…Le moteur émet un rôt peu sympathique. Vite nous l’arrêtons. Plus de gasoil ! Gil pensait en avoir encore au moins 100 L (Gil « il faut vraiment que je trouve une solution pour installer une jauge »). Nous fonçons dans la calle pour dénicher le bidon de 20 l que nous gardons en réserve, et hissons la grand voile pour rester manœuvrant. 1° essai, le moteur toussote et s’arête. Pourvu que la pompe ne soit pas désamorcée ! 2° essai ; idem. 3°, 4° essai ; enfin un ronronnement sympathique ! Il redémarre. Les rochers du cap où se fracassent les vagues ne sont pas loin. Nous essayons de naviguer uniquement à la voile mais le  peu de souffle qu’il y a vient de face. Le moteur est relancé et, c’est à toute petite allure que nous franchissons les 10 miles qui nous séparent de Santa Marta. Nous posons enfin le pied sur le sol de la  Colombie. L’accueil dans cette nouvelle marina est très cordial. A quai, Khaya et Aspasia. Quel plaisir de se revoir ! Nos amis Allemands nous préparent un bon repas  à l’ occasion de mon anniversaire et de nos retrouvailles.

larguons les amarres

Dimanche 20

Le moteur de l’annexe ne veut pas démarrer. Nous partons à la rame jusqu’au café d’en face.

Lundi 21

Nouveau démontage…Gil trouve un peu d’eau dans la tuyauterie d’arrivée d’essence. Le moteur redémarre… Courses en ville. Nous dénichons enfin le livre sur Panama qui nous faisait défaut.

Mardi 22

Au petit jour, nous retournons à Barcadéra pour les formalités de sortie et, larguons les amarres. Houle sur tribord, vent faible, nous avançons avec voile et moteur. Je lis un peu. Le temps s’arrête, fait des pauses, j’ai même l’impression qu’il s’amuse à reculer quand on n’y prend pas garde. Pendant la nuit toute la côte à bâbord est illuminée par les éclairs. Joli spectacle, mais peu rassurant. Nous croisons de nombreux bateaux, il faut rester vigilant ! La nuit traîne sous les nuages noirs et nous devons ralentir afin d’arriver de jour. Cabo de la Vela est un cap de sinistre réputation. Les vagues, heurtant les hauts fonds, peuvent devenir énormes. On le surnomme « le Cap Horn des Caraïbes » Pour le moment la météo est clémente et nous mouillons juste derrière, dans une grande baie. Nous sommes seuls, nous mangeons, dormons et récupérons le reste de la journée. Un vent fort se lève nous interdisant toute tentative d’aller à terre.

Oranjestad

Samedi 19

Confiants, c’est en annexe que nous partons pour visiter Oranjestad, capital d’Aruba. La ville est résolument tournée vers le tourisme, avec ses boutiques de luxe et ses échoppes de souvenirs qui se bousculent en front de mer. Tel Anselme et Gretel, nous nous émerveillons devant ces maisons- gâteaux, décorées de chantilly. Les nuages noirs qui s’épanchent au dessus de nos têtes, nous obligent à de fréquents arrêts, mais la ville n’est pas grande et nous en avons vite fait le tour. L’île est longue de 30 km et a été le premier fournisseur au monde d’aloé vera. Il ne reste rien aujourd’hui de cette industrie. La langue officielle est le hollandais, la monnaie ; le florin d’Aruba, valable nulle part ailleurs…    Nuit impossible. Les 2 bars sur la plage en face du mouillage, font un concours de décibels. De notre couchette, tous hublots fermés, cela reste encore insupportable. J’essaye en vain les boules Quies, les exercices de yoga, l’indifférence, mais la musique électronique submerge tout. Gil en rajoute une couche en ronflotant gentiment à côté de moi…

Malgré sa bougie blanche

Vendredi 18

Malgré sa bougie blanche toute neuve, le moteur de l’annexe refuse obstinément de démarrer. Sur la table du cockpit Gil, concentré, opère. Il ouvre, démonte, démembre, trifouille, explore. En bonne assistante, je fais passer les instruments, désinfecte au W.D 40, enlève les papiers souillés. La tension est à son comble… Allons nous le perdre ? Trois heures d’effort sont nécessaires avant que la dernière vis ne regagne son logement…  Au premier essai « teuf, teuf, teuf », le moteur trompette allégrement. « C’est pas le meilleur mon Gilou ? » Reste un léger problème à régler, il ne veut plus s’arrêter !!! Après une nouvelle intervention,  tout rentre dans l’ordre, c’était juste une question de fil ! Nous sommes vraiment soulagés et passons le reste de l’après midi à lire.

Avec d’infinies précautions

Jeudi 17

Nous profitons de la connexion internet pour vous donner des nouvelles et, de l’eau, pour faire une petite lessive. nous sortons de notre lagon. Nous trouvons facilement le mouillage, au nord de l’aéroport, et « plantons notre pioche » dans une eau transparente. Sept voiliers nous entourent. Premier bain de mer depuis notre arrivée ; délice suprême, bien-être immédiat, fraîcheur, vacances, insouciance, bon-humeur, tout revient en même temps. Nous sommes neufs, lavés de toutes inquiétudes. Nous partons à la nage faire connaissance de notre plus proche voisin. Il est anglais, mais parle bien espagnol. Nous utilisons tantôt l’un, tantôt l’autre. C’est du « spanenglish », nous dit’ il. Pour une fois, nous refusons l’apéro. Le trafic aérien est intense, au dessus de nos têtes, mais c’est plus intéressant que gênant. Enfin un vrai coucher de soleil…

Mise à l’eau du bateau

Dimanche 13

Il a plu toute la journée, avec juste un intermédiaire pour nous laisser le temps de laver le pont. Il fait plus frais (29°C).

Lundi 14

. Moment d’émotion pour le capitaine, tout se passe bien. Quel plaisir de pouvoir enfin réutiliser nos propres toilettes (dans tous les sens du terme). Retour en ville pour les formalités de sortie. Soirée sur le catamaran de nos nouveaux amis, avec un vrai repas et une ambiance chaleureuse. Nous sortons notre saucisson pour l’occasion.

Mardi 15

Il est toujours difficile de partir, même si l’on en a envie et que l’endroit n’était pas idéal.  Nous avions nos petites habitudes, des connaissances, des repères. Il faut s’arracher à tout cela pour aller vers l’inconnu, mais c’est aussi le charme du voyage… Nous partons donc et la pluie, aussitôt, nous mouille de ses larmes. Deux heures plus tard, après une traversée tranquille au moteur, nous ancrons à Santa Marta baie, au N-O de l’île. Belle lagune déserte, entourée de vertes collines. On peut difficilement trouver plus calme !

 

Bienvenue à Aruba

Mercredi 16

5h du matin ; nous déjeunons en attendant le levé du soleil. 6h ; il fait suffisamment jour pour emprunter l’étroite passe qui mène à la mer. Pas de vent, une petite houle courte de travers nous secoue rudement. Le moteur ronronne (fort) Williams peine un peu dans les vagues. Je sors de mon état semi comateux pour aller admirer les dauphins qui jouent à l’avant du bateau. Des gerbes de poissons volants s’enfuient devant nous. Beau spectacle ! A la traine, nous attrapons un poisson jaune, juste la bonne taille pour deux personnes. Je joue un peu de flûte pour passer le temps et grignote quelques amandes. Enfin, l’île apparait. Eoliennes et raffineries ont supplantées les cocotiers. Nous angoissons un peu car l’entrée, derrière les récifs, nous semble un peu compliquée. Les explications, en anglais, que nous possédons laissent supposer un circuit difficile. Nous trouvons la bonne passe, virons la bonne bouée, prenons le bon chenal et nous dirigeons vers le quai d’accueil, quand soudain…plus d’eau !!! Le bateau se plante dans la vase en douceur. Immobilité, silence…Le sondeur indique 4m ? On a l’impression d’être dans une bande dessinée ; Jiloumé s’est arrêté dans une case alors que nous, nous étions déjà dans la suivante. Le temps s’est arrêté ! Gilles pousse le moteur à fond, mais nous ne bougeons pas d’un poil. On se sent ridicule, là, planté au milieu du port. Il est vain de vouloir avancer, nous n’avons pas d’eau devant nous. Gilles passe la marche arrière, nous pivotons lentement dans un nuage de boue, et enfin, nous sommes libres… Ouf ! Mais où aller maintenant ? Des marins nous font signe de continuer plus loin. Un autre quai nous accueille, entre les bateaux qui chargent leurs marchandises pour la Colombie. Il est 16h, la douane et l’immigration ont la bonne idée de se trouver au même endroit, mais il ne nous faut pas moins d’1h 30 pour en venir à bout. Trop tard maintenant pour ressortir en mer, trouver l’autre passe et chercher le mouillage. Nous optons pour le « Aruba Nautical Club » qui n’est pas très loin. C’est un club privé, qui nous accepte pour la nuit contre la modique somme de 33$. Pas le choix ! Nous filons au lit, après avoir mangé notre poisson et une demi-banane. Bienvenue à Aruba !

Maisons « gâteaux de mariés »

Samedi 12

Nous attaquons les palmes côté bâbord, allons jusqu’au bout de notre rouleau de scotch pour nous apercevoir qu’il nous manque de la peinture blanche. Nous sommes obligés de la rallonger avec du beige. Jiloumé a maintenant un côté palmes blanches, un côté palmes beiges, avec 6 feuilles non repeintes ; la honte !!! L’après midi nous partons en stop à Willemstad rejoindre les amis de Chamicha. Agréable promenade en ville parmi les maisons « gâteaux de mariés ». On ose la couleur ici ! Nous retrouvons ensuite nos voisins de chantier, un sympathique couple néozélandais-suisse allemand, qui nous ramène au bercail à la nuit tombée.

Il fait vraiment trop chaud !

Mercredi 9

Il fait vraiment trop chaud ! Entre 33° et 35° à l’intérieur du bateau. Nous sommes terrassés. Difficile de manger, dormir, bouger. Nous manquons d’air. Le terrain du chantier est truffé d’insectes microscopiques qui nous dévorent tout cru. Gilles est tellement cloqué qu’il semble avoir la rougeole. Nous partons en stop au supermarché du coin et réussissons à passer la couche d’antifuling sur la coque tribord. Après cela, plus d’énergie…

Jeudi 10

Gilles réinstalle l’hélice et nous peignons les palmes du bateau en blanc, toujours à tribord. Le travail est fastidieux et le soleil sans pitié. L’autre côté restera gris : trop fatiguant ! Le chantier est loin de tout, les sanitaires rudimentaires, les alentours très sales. Sur la petite route que nous devons emprunter pour sortir, intrigués par l’odeur, nous avons découvert hier, le cadavre d’un chien. Aujourd’hui, c’est un mouton qui se décompose au soleil. L’odeur est insoutenable. Début de croisière difficile… Pour nous remonter le moral nous allons à Willemstad vous envoyer des nouvelles. Nous avons des petits mots gentils et des messages de « Chamicha »  et « kaya » qui sont dans les parages. On se sent tout de suite moins seul.