mai 2013

Gauguin, Jacques Brel

Lundi 20 mai

Le matin, pluie. En début d’après midi nous partons à pied, à la recherche d’un site archéologique perdu au fond de la vallée. Le départ du chemin n’est pas facile à trouver. Nous nous enfonçons dans les bois, tout en longeant une rivière. Beaucoup de boue et d’insectes, odeur de fruit en décomposition, il fait sombre. Au bout d’une heure, nous passons un gué et arrivons devant une barrière. Au-delà, il faut poursuivre dans la forêt en suivant quelques cairns et ficelles rouges. Nous abandonnons Michel qui a des ampoules plein les pieds, en lui demandant de nous attendre ici, et continuons. Un quart d’heure plus tard nous dénichons le fameux rocher aux pétroglyphes et rebroussons chemin après en avoir fait le tour. Maintenant la pluie tombe drue, le terrain est glissant, il fait presque noir et nous devons chercher des yeux chaque jalon avant d’avancer pour ne pas nous perdre. Enfin arrivés à la barrière …pas de Michel ! Il tombe des cordes, nous nous époumonons à l’appeler, en vain. Il a peut être passé le gué et nous attend de l’autre côté ! Mais là, personne non plus ! Nous sommes très inquiets, il paraissait si fatigué à l’aller ! Sous les trombes d’eau qui ne cessent de tomber, nous parcourons presque en courant le chemin du retour, sans nous soucier des flaques et des glissades.  Quand nous atteignons la route, celle-ci est également déserte. C’est juste en arrivant vers les bateaux que nous le trouvons enfin. Ouf, soulagés ! On se voyait mal repartir de nuit à sa recherche sous ces cataractes. Pour nous décrotter, nous passons tout habillés, sous la douche installée dehors. Nous rentrons tous les trois au bateau en claquant des dents. Un verre de rhum et une soupe brulante ne sont pas de trop pour nous réchauffer et nous remettre de nos émotions.

Mardi 21

Nous allons spécialement au village pour essayer d’avoir internet, mais tout est en panne aujourd’hui. Visite du musée Gauguin qui expose toute une série de reproductions de ses tableaux et de sa maison du jouir. Nous terminons par la fondation Jacques Brel, où, dans une grande salle trône son avion « Jojo » avec lequel il a aidé pas mal de marquisiens. Nous passons un grand moment à écouter ses chansons. Retour à la tombée du jour, d’autres bateaux connus sont arrivés. J’ai mal aux os, il va pleuvoir !

Mercredi 22

Il pleut… Michel part faire le tour de l’île avec un groupe d’italiens. La pluie s’intensifie et le vent s’en mêle. Branle bas de combat dans le mouillage. Les bateaux dérapent tout autour de nous, c’est la panique. Une femme hurle, des carambolages sont évités de justesse, certains voiliers sortent de la baie, nous sommes tous sur le qui- vive. Quand la rivière rompt sa digue, nous flottons soudainement sur une mer chocolat, couverte de noix de coco et de bouts de bois. Nous récupérons tout ce que nous pouvons d’eau de pluie pour remplir les réservoirs. Une accalmie à la tombée du jour nous permet d’aller déguster une pizza.

Hiva Oa

Vendredi 17 mai

Départ matutinal. Soleil, mer et vent musclé. Huit heures nous sont nécessaires pour atteindre la baie de Taahuku, sur l’île de Hiva Oa. Nous mouillons une ancre à l’arrière pour rester face à la houle. L’endroit a l’air sympa, nous sommes contents de nous poser. Repos.

Samedi 18

Le village d’Atuona se trouve à 4 km de  notre mouillage. Nous trouvons un taxi et filons chez les gendarmes pour remplir nos formalités d’entré en Polynésie. Ceux-ci sont si sympathiques que nous nous attardons un bon moment à discuter avec eux. Faisons provisions de jolis billets de banque et enfin visite au super marché pour un peu de réapprovisionnement. Les magasins sont bien achalandés, mais chers. Véritables baguettes chaudes et croustillantes, un régal !

Dimanche 19

Hier au soir en repartant du ponton où l’annexe était amarrée, l’ancre est restée au fond, prisonnière d’un grillage métallique. Ce matin donc, expédition pour récupérer notre mouillage. C’est Michel qui plonge en eaux troubles. Le cordage, trop bien emmêlé doit être coupé. Nous récupérons l’ancre, c’est le principal ! Partons à pied pour le village et rencontrons en chemin un restaurant  qui nous attire irrésistiblement. Pendant que les hommes dégustent une «  entrecôte frittes », je goûte la        «  chèvre au lait de coco », spécialité de l’île. Comme tous les gens ici, le patron est aimable et bavard. Nous l’écoutons une partie de l’après midi raconter l’histoire des Marquises et parler avec beaucoup d’enthousiasme des traditions et du cannibalisme. Nous grimpons ensuite au cimetière marin, où sont enterrés Gauguin et Brel. L’endroit est calme, accueillant, l’odeur des frangipaniers envoutante, la vue superbe. On a envie de s’installer à l’ombre d’un arbre pour une petite sieste. De retour au bateau nous trouvons « Ker a vel »ancré juste à côté de nous.

Les ancres dérapent

Mercredi 15

Michel fait du pain. Une tempête dans les australes nous a emmené  coup de vent, grosse houle et pluie violente. Les ancres dérapent, les bateaux partent en tous sens, quelques télescopages… Chacun reste chez soi à surveiller les alentours. Les rafales atteignent les 80 Km/h. Nuit agitée, nous ne dormons que d’un œil et d’une oreille !

Jeudi 16

Malgré la persistance d’une forte houle, nombreux sont les plaisanciers venu au pique nique organisé derrière la plage. Nous sommes une bonne trentaine avec pas mal d’enfants. Ambiance conviviale, partie de foot improvisée. Même les chevaux adorent ça ! La pluie s’invite aussi, qui disperse tout le monde. Quelques angoisses pour franchir en annexe la barre de vagues qui déferlent en écumant, mais, ça passe.

 

Désirée ...

Dimanche 12 mai

Désirée, la femme de Jacques, a convié les gens de bateau à un repas traditionnel. Nous sommes 17. Notre hôtesse parle facilement et nous l’écoutons avec plaisir. Elle nous explique la fabrication des tapas en écorce de banian ou de murier. Frappée avec du bois de fer contre une pierre ronde et ramollie à l’eau, l’écorce se transforme en fine bande ressemblant à du parchemin. Elle est ensuite amidonnée avant d’être peinte. C’est la spécialité de l’île. Nous mangeons de bon appétit, poulet au lait de coco, poisson crus, fruit de l’arbre à pain etc.…Un régal ! Nous retrouvons des français rencontrés aux Galápagos, l’ambiance est décontractée. Nettoyage de la coque, encore… L’annexe ne se dégonfle plus, ouf ! Violentes rafales pendant la nuit.

Lundi 13

Pluie et vent. Les deux Gil se penchent sur le moteur mais ne constatent rien d’anormal. Visite chez un artisan sculpteur. Apéro royal sur le catamaran Ker a vel. Michel prend un dernier bain, un peu involontaire, avant de se coucher…

 

Nous sommes fourbus

Samedi 11 mai

Jacques nous emmène dans son bateau jusqu'à Omoa, le deuxième village de l’île. Les maisons sont plantées le long de l’unique rue, entourées d’innombrables arbres fruitiers. Ici, les pamplemousses sont gros comme des melons ! Nous abandonnons Michel qui a mal au dos et attaquons, avec Gilles, une marche de 6 heures pour rejoindre notre mouillage. Il faut grimper jusqu’à 700 m parmi les manguiers et redescendre d’autant au milieu des prairies. Le paysage est sauvage, nous ne rencontrons personne. Les pics se découpent sur fond de ciel gris, la végétation brille sous le soleil, la mer scintille au loin. C’est superbe mais fatigant pour nos gambettes de navigateur. La descente vertigineuse vers le village nous achève. Le soleil se couche quand nous retrouvons Michel qui commençait à s’inquiéter. C’était son anniversaire aujourd’hui, nous n’avons pas vraiment eu le temps de fêter cela. Nous sommes fourbus !

Merveille...

Jeudi 9 mai

Merveille, nous sommes toujours au même endroit et avons bien dormis. Gil remet l’éolienne en service, Michel s’occupe de l’annexe. Un homme du village, Jacques vient nous proposer ses services. Nous allons à terre en fin d’après midi, le ciel est couvert. Après 4 semaines en mer Michel a du mal à marcher droit. Un tas de gamins jouent près du débarcadère. Une forte femme nous propose pamplemousses et citrons verts en échange de rhum. « C’est pour toi le rhum ? » « Oui, c’est pour la fête des mères » « Et c’est quand ? » hésitation… « Au mois d’aout ! ». Le fils de Jacques nous conduit chez sa mère à l’autre bout du village. En chemin il me montre un arbre qu’il préfère entre tous. « Pourquoi, il donne des fruits ? » « Non » « Tu grimpes dedans ? » « Oui, pour tuer les petits oiseaux quand ils viennent » « Ah bon ! Pourquoi ? » « Ben, pour les manger ! » « Et c’est bon ? » « Ho oui, grillé c’est très bon ! », et les yeux pleins de gourmandise de rajouter «  C’est bon…c’est bon… comme une pizza ! ». Sa mère, Désirée, est en train de peindre des motifs de tatouage traditionnels sur un tapa (tissu qui servait de vêtement pour les femmes, obtenu à partir de l’aubier de certains arbres), elle utilise un fin pinceau fabriqué avec ses propres cheveux et, de l’encre noir. Nous discutons une heure durant et goutons le fruit de l’arbre à pain trempé dans du lait de coco salé.

Vendredi 10

Nettoyage de la coque. Vérification de la propreté du gasoil dans les soutes. Corvée d’eau à terre. Apéro du soir avec Gilles et les deux allemands avec qui nous avons échangés les photos. La bouteille de rhum n’y survit pas.

Enfin

Mercredi 8 mai

Enfin, au matin du 8, Fatu Hiva est devant nous, imposante et sauvage. Son flan Est, battu par un puissant ressac, n’est que falaises et canyons. Sa chaîne montagneuse atteint 960 m. Avec notre moteur défaillant nous ne sommes pas à l’aise, mais réussissons à mouiller dans la très fameuse baie des Vierges. Il est midi. Le paysage est grandiose, fantastique, impressionnant. Des pitons rocheux dominent la plage et surplombent le village dont on aperçoit le clocher et l’école. Dans les collines abruptes qui plongent dans la mer, gambadent des chèvres sauvages. Le soleil, se jouant des nuages, éclaire tour à tour chaque plan du tableau pour accentuer les contrastes. C’est brut et puissant, inoubliable… De violentes rafales, dévalant des montagnes, balayent la baie et tourmentent une dizaine de voiliers. Quel bonheur d’être arrivés ! Nous sautons à l’eau. La coque s’est transformée en hérisson. Anatifes et chapeaux chinois la recouvrent entièrement. Du bouleau en perspective… Pour le moment nous savourons l’instant présent, tout heureux d’être dans ce décor mythique. Un nouveau catamaran vient se poser à côté de nous. C’est Gilles, rencontré en Colombie puis à Panama. Retrouvailles devant un punch des îles. Que désirer de plus ?

Le soleil revient timidement

Lundi 29 avril

Le soleil revient timidement. Michel apprend à barrer.

Mercredi 1° mai

Envie d’un bouquet de muguet fraîchement cueilli dans un sous-bois ombragé. En substitut, je renifle ma savonnette…

Vendredi 3 mai

Le ciel est plombé de nuages qui crachinent régulièrement. Le vent tombe et la vitesse aussi.

Samedi 5

C’est rageant, si près du but ! L’alizé nous a laissé tomber. Par manque de vitesse, l’hydro générateur ne fournit plus l’énergie nécessaire au pilote automatique. Nous barrons à tour de rôle pendant le jour. Michel devient un pro ! Notre vitesse (2noeuds) est celle d’un piéton, et il reste plus de 500km à parcourir !!! Il fait chaud, les nuits sont splendides, j’apprends le nom des constellations autour de la croix du sud. .. J’ai déjà lu une douzaine de bouquins…L’eau des soutes a vraiment un gout de boutasse, je me surprends à regarder au fond de mon verre pour éviter d’avaler un têtard ! Etant la plus jeune à bord, par précaution, j’économise les vivres !!!

Dimanche 6

Un voilier arrive du fond de l’horizon et nous double tranquillement, humiliant notre capitaine. C’est un couple d’allemand qui se dirige comme nous vers Fatu Hiva. Je prends moult photos, sachant qu’ils vont en faire autant. Le vent reprend un peu pendant la nuit.

Lundi 7

Encore un jour à se traîner à la vitesse d’un escargot asthmatique. C’est long… Encore une nuit à entendre gémir le bateau dont les voiles battent lugubrement sans pouvoir se gonfler. C’est très long…

Nouvelle daurade de 75cm.

Mercredi 24 avril

Nouvelle daurade de 75cm.                                                                                                                            Nous sommes toujours dans notre machine à laver, à mi programme. J’espère qu’il n’y aura pas d’essorage final !!!                                                                                                                                           Phase rinçage…Il pleut, tout est gris, la houle est forte et désordonnée. Nous sortons même les cirés…                                                                                                                                                                     Une nuit, le génois se dévente et passe à contre. Le temps d’intervenir, et le pilote automatique est cassé ! Nous qui pensions faire des économies ce mois ci ! Nous installons le neuf, que Michel a apporté dans ses bagages. Il se coince quand même souvent et nous devons intervenir rapidement, plusieurs fois par nuit. Commençons à être fatigués.

Dimanche 28

Pendant mon quart, à l’intérieur du bateau, j’essaye d’écouter le bruit du pilote pour intervenir à la moindre défaillance. Difficile… Dans ce vacarme incessant, il faut démêler tous les sons. Le plus régulier est le frottement de l’eau sur la coque, comme une vague sur une plage de galet, puis à bâbord, au niveau de la tuyauterie, un énorme gargouillis de bulles prisonnières comme si l’oreille était collée contre le ventre d’un ogre géant en train de digérer. Une octave plus haute, un autre borborygme pour une autre sortie d’eau. Vient ensuite, toujours par surprise, l’éclatement de tonnerre des vagues latérales ; c’est la grosse caisse, l’artillerie lourde, toute la coque en tremble. Je distingue maintenant le grincement irrégulier du pilote, qui fait des poses, repart en trémolo. Juste derrière, haut perché, le piaillement d’oiseau de l’hydro générateur. La cuisinière, mélancolique, se balance en couinant  sur ses charnières. De temps à autre, le tintement des couverts ou la vaisselle qui cogne dans un placard ponctue cette orchestration wagnérienne. Quelques cordages sur le pont battent la mesure. Bien sûre, nos corps irrésistiblement suivent le mouvement. Nous roulons, sautons, tremblons et sommes entraînés, comme des marionnettes dans une danse sans fin.                  

                                                                                                    

Je pense que nous avons rejoint la zone où souffle l’alizé

Lundi 15 avril

Je pense que nous avons rejoint la zone où souffle l’alizé. Le ciel est dégagé, le vent régulier, mais la houle vient hélas de côté, nous obligeant à des déplacements acrobatiques. Dans ce domaine Michel fait de gros progrès (je l’appelle la panthère rose), pour ce qui est de l’adresse ce n’est encore pas cela. Les coussins du carré s’en souviennent… on y retrouve les restes de chaque repas ; thé, café, confiture, miettes, bière etc.… Après un jour et demi d’un dur labeur, de beaucoup d’essais et de nombreuses difficultés, Gil réussit à réparer l’hydro générateur. J’admire sa patience et sa ténacité…

Mercredi 17

Nous avançons avec 2ris dans la grand voile et génois plein. La première semaine est souvent la plus pénible. Nous avons fait le quart du trajet. Le temps est stable et la mer très correcte. Tout est réparé. Nous grignotons le temps et la distance par petites touches ; mots croisés, lecture, musique, cuisine et même, hier, cinéma.

Jeudi 18

Aujourd’hui, grande toilette sur le pont à coup de sceaux d’eau de mer. Nous voilà tout requinqué et fleurant bon le savon. Pendant la sieste, une belle daurade coryphène se laisse tenter par notre nouvel appât. Nous en dégustons une partie le soir même.

Vendredi 19

Les vagues viennent toujours de côté, heurtant violement la coque. La cuisine devient un art de haute voltige, mais je suis heureuse de constater, qu’au bout de presque trois ans, je n’ai plus le mal de mer !!! Pourvu que cela dure ! Quelques hirondelles de mer et des bancs de poissons volants font l’actualité, sinon rien, c’est le désert.

Samedi 20

Cette nuit le pilote à décroché. Branle bas de combat sur le pont. Gil prend deux ris dans la grand voile et réduit le génois. Au bout d’une heure de bagarre, tout rentre dans l’ordre. Michel a le sommeil très profond, il ne s’est même pas réveillé ! Ce matin un voilier sous spi se déplace sur l’horizon. Nous essayons de les appeler aves la V H F, mais la nôtre ne veux plus fonctionner. Décidemment ! Je fais des yaourts. Soirée cinoche.

Dimanche 21

De nombreux poissons volants et calamars sur le pont. Le vent est un peu plus arrière, nous tangonons le  génois et installons le cote zéro. L’allure est tout de suite plus confortable. Les yaourts sont délicieux. J’aperçois deux dauphins. A la tombée du jour nous croisons un chalutier. Les nuits sont fantastiques.