juillet 2013

Papeete

Mardi 30 juillet

Dernier message en provenance de Papeete. Nous partons d’ici le 3 aout et arriverons à Lyon le 5. Bonnes vacances à tous !!!   Du Chili nous recevons un petit montage pour fêter l’éternelle jeunesse de Gil …..Nana !

Difficile d’être plus sympa !

Vendredi 26 juillet

Après deux jours de dur labeur pour préparer Jiloumé à sa retraite solitaire, nous embarquons avec Artimon sur le bateau du chantier qui nous conduit, en une heure, au village. De là, nous prenons l’avion pour Papeete avec deux escales en cours de route qui nous permettent d’apprécier la vue des lagons en dessous de nous. A l’aéroport de Papeete, Gwenola, l’amie de Vincent, nous attend avec, en main, les clefs de sa voiture et de son appartement. C’est la première fois que nous la rencontrons. Difficile d’être plus sympa ! Repas du soir sur la  place aux roulottes où nous assistons à un beau spectacle de danse. Beaucoup de monde, nous commençons notre semaine de réadaptation à la civilisation. Calme nuit dans une grande maison sur les hauteurs de la ville.

Le grand jour

Lundi 22 juillet

Nous attendons toute la journée un signal du chantier pour la sortie du bateau, en vain…Nettoyage et bricolage à bord. Le maramu ne s’essouffle pas, rafales à 40 nœuds.

Mardi 23

Le grand jour, enfin ! Le chantier n’est pas équipé pour lever un bateau. Il possède un chariot hydraulique, tiré par un tracteur. Notre bateau bi-quille pose problème. C’est une première et un défi pour l’équipe. La grand-mère est au tracteur, le père au commande du chariot, le fils est sous l’eau pour caler la coque, le neveu pousse le bateau, la sœur prend des photos, les fideles copains aident aux manœuvres. Et ça marche ! Autre difficulté pour poser le bateau à terre, il est trop court sur pattes ! Bref, en fin d’après midi, nous pouvons enfin respirer, les cocotiers nous accueillent sous leurs palmes mouvantes. Artimon est sorti de l’eau dans la foulée et posé à côté de nous. Pour fêter l’événement, grosse bringue au chantier. Tous les navigateurs sont là ainsi que la famille et les voisins. Super musique américano-tahitienne. Gil s’éclate à l’harmonica. Pendant que les voiliers dansent sur le lagon au clair de lune, ukulélés et voix s’unissent pour s’élever avec les étincelles d’un feu de joie. Générations et nationalités confondues forment une bulle de chaleur humaine qui rayonne dans la nuit.

Le mauvais temps qui ne cesse d’empirer

Dimanche 14 juillet

Heureusement que nous avons pris de la marge pour arriver à Apataki car le Maramu s’est mis à souffler (entre 30 et 40 nœuds). A quelques heures prés, nous aurions été coincés aux Marquises. En attendant une accalmie, nous continuons nos promenades. Toujours avec Fabrice et François nous explorons la côte au vent. Je ne sais pas quelle magie les coquillages exercent sur l’homme, mais je ne connais personne capable de marcher sur une plage sans en ramasser quelques uns. Nous ramenons aussi des grosses bouées de pécheurs rejetées par la mer. Elles vont nous servir à soutenir la chaîne d’ancre pour que celle-ci ne frotte pas sur les nombreux pâtés de corail qui entourent le bateau.

Mardi 16

Lagon : Mer intérieure, encombrée de récifs et de patates de corail où le vent peut souffler avec force de n’importe quel côté. Rajouter de nombreux parcs à huitres qui barrent le chemin et que l’on voit au dernier moment. Le ciel n’est pas toujours bleu et la visibilité pas toujours bonne. Le chantier où nous arrivons est agréable, tranquille, protégé par les cocotiers et géré par trois générations de puamotus fort sympathiques. Nous retrouvons nos amis d’Artimon et les soirées chez les uns ou les autres nous consolent du.

Grande balade sur la plage

Jeudi 11 juillet

La souris a mangé tout ce que Gil a posé, pour elle, sur la tapette. Maintenant, elle s’attaque aux patates ! Nous reprenons contact avec le monde sous-marin. Les bénitiers ouvrent des bouches aux couleurs provocantes, les coraux cachent de minuscules poissons turquoises et, toujours rode le requin à pointe noir. Sous le bateau, une famille de rémoras (poisson pilote)  a élu domicile. Je suis obligée de leur faire peur, ils s’approchent trop près de moi.

Vendredi 12

Grande balade sur la plage avec les copains. Les pointes noires, curieux, s’approchent tout prés de nous. Bernard l’Hermite et poisson coffre n’ont pas l’air de faire bon ménage. Le vent souffle, nous sommes bien à l’abri.

Horreur, souris à bord !

Lundi 8 juillet

Horreur, souris à bord !  A 17h, malgré un ciel menaçant, nous nous décollons du quai et partons avec le courant de marée. Avec un bon vent de travers, Jiloumé fonce dans la nuit à 6  ou 7 nœuds. Gil est heureux, moi je trouve que l’on est bien secoués !

Mardi 9

Nous arrivons avec 5h d’avance sur l’horaire prévu, devant la passe nord d’Apataki. Décalage entre notre carte informatique et la réalité. Le courant sortant est violent. Deux fleuves bouillonnants se jettent dans la veine centrale. Jiloumé peine à avancer. Gentil moteur, tiens bon ! Nous progressons lentement. Il faut des muscles à la barre, un vigil à l’avant. Nous passons en serrant les fesses. Le lagon est agité et la visibilité mauvaise. Nous tentons un premier mouillage, mais l’ancre se coince dans les pâtés de corail et beaucoup d’efforts sont nécessaire pour nous dégager. Nous finissons par jeter l’ancre, en visant un coin de sable, devant des cabanes de pêcheurs, trop fatigués pour aller plus loin. Casse-croute et sieste s’imposent. A la tombée du jour, le pêcheur dans sa barque vient nous souhaiter la bienvenue avec un sourire éclatant. Il vit seul ici, je lui donne un pamplemousse.

Mercredi 10

Avant de partir à la pêche, l’homme d’hier nous apporte trois langoustes, deux colliers de coquillages et un énorme cœur de palmier. Il dit que nous sommes le premier voilier à s’arrêter là et qu’il est trop content d’avoir fait notre connaissance. L’accueil dans ces îles est exceptionnel et nous touche beaucoup. Il accepte un autre pamplemousse et une poignée de citrons vert et part pêcher la langouste à l’extérieur du lagon. Nous essayerons de revenir le voir au retour. A terre, nous visitons sa maison, ouverte aux quatre vents, tellement propre, coquette et bien rangée que l’on a envie de s’installer. Poussons plus loin, à l’abri de la pointe Teonemahina où, nous retrouvons Ker a vel fraîchement arrivés des Marquises. Les langoustes sont délicieuses, l’apéro du soir convivial.

Moeta vient nous chercher à 8 h

Samedi 6 juillet

Grand vent. 8 h, Gil va chercher du pain tout à côté. Il revient 1h plus tard, sans pain, une bouteille de bière à la main. Il a rencontré le groupe de marginaux qui a son Q.G près du quai, et n’a pu refuser la mâle boisson offerte (il faut savoir se dévouer). Promenade, nombreuses rencontres, visite au stand d’artisanat. Une jeune femme, Noana, nous emmène dans sa famille. Ils récoltent le coprah. Nous savourons la noix de coco à différents stades de maturité et Gil se dévoue (encore) avec plaisir pour déguster des bénitiers fraîchement pêchés. Nous avons rendez-vous demain pour un pique-nique à …..6 h du matin !!!

Dimanche 7

Moeta vient nous chercher à 8 h dans la camionnette municipale. En route pour le lagon bleu. Avec nous, en plus de notre conductrice, se trouvent Noeva et Adrien qui vivent habituellement à Paris, Mata, Tiahiti, le bébé Heiau et Mamie Punau qui est le centre de notre nouvelle famille. Nous nous arrêtons deux fois en route pour voir les épaves des goélettes qui rouillent tristement sur le récif, et une autre fois pour récolter des cocos pour midi. Sur 20 km, la piste longe d’un coté la mer de l’autre les cocoteraies. Au bout d’une heure, nous arrivons sur un lieu aménagé par la commune pour les habitants de Takaroa. Ça ressemble vraiment au paradis. Toutes les nuances de bleu et de vert se marient harmonieusement, l’eau est calme et clair, me reviennent à l’esprit ces quelques vers ; « l’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours, le requin pointe noir y faisait mille tours avec le citron son compère ». Nous nous installons. Les hommes vont poser un filet, mais, étant troué, la pêche sera plus que maigre. Baignade et punch des îles. Nous dégustons le délicieux riz de mamie et bientôt ukulélé et guitare donnent de la voix, ainsi que Noéva qui chante merveilleusement bien. Un petit feu éloigne les moustiques, l’enfant s’est endormi au centre du groupe. Tout est parfait. Retour avant la tombée du jour. Nos amis visitent le bateau qui croule maintenant sous les noix de coco, et nous repartons chez eux avec l’harmonica et une bouteille de rhum. Mamie prépare le punch, et s’est reparti pour « la bringue » ! Musique et chants. Il fait chaud au cœur dans ce cocon familial. Journée inoubliable.

Trois jours et quatre nuits en mer

Vendredi 5 juillet

Trois jours et quatre nuits en mer. Mauvais temps, pluie, nuages gris, noirs, menaçants. Grosses vagues, mer désordonnée. La navigation, c’est bien quand ça s’arrête… Les Tuamotu sont qualifiés dans tous les livres « d’archipel dangereux ». Les atolls sont défendus par des passes scabreuses avec forts courants et nombreux écueils. Il faut, théoriquement, arriver par beau temps avec une bonne visibilité, à l’étale de basse mer avec le soleil à la verticale, etc.….Pour nous, le ciel est gris, il pleut, le moteur n’est pas fiable et il est trop tôt, aussi angoissons nous un max. Finalement tout se passe bien, un quai vide nous accueille et nous accostons sans problème. Quel soulagement, nous nous sentons plus légers, presque euphorique mais soudain bien fatigués. Nous sommes à Takaroa, au N.O des Tuamotu dans les îles du roi Georges. Mais la journée n’est pas terminée. Nous discutons avec un jeune garçon, puis un calédonien venu acheter des perles, puis trois ados, puis trois filles de douze ans. L’heure de la sieste est passée ! Viens ensuite un homme sur son vélo qui nous parle, deux heures durant, des traditions tahitiennes, de la marche sur le feu, des dieux et des forces vitales. Quand je lui montre le bout de bois que j’ai vaguement sculpté à Panama en lui disant que moi aussi j’avais un tiki, il en a presque la larme à l’œil et est saisi d’émotion devant « ce guerrier protecteur qui respire la bonté ». Maintenant je sais qu’il ne peut rien m’arriver et qu’il exécutera tous mes souhaits. J’aurais aimé le savoir avant ! Les gens rencontrés aujourd’hui nous on prévenu qu’il ne fallait pas laisser le bateau seul à cause des voleurs. M’en fou ! Je demande à tiki de le garder et nous partons sereins manger un steak-fritte dans les « baraques » et admirer les danseuses locales.

Départ pour les Tuamotu.

Lundi 1° juillet

Départ pour les Tuamotu.                                                                                                                                                        Les petits déjeuners en mer, par forte houle, sont des moments épiques, inoubliables… Dés que l’eau chuchote dans la bouilloire, je remplis les bols, bien callés au fond de l’évier, en ayant soin de rajouter de l’eau froide pour diminuer la température. Si Gil est prêt, je les lui fais passer et il les tient, un dans chaque main jusqu'à ce que j’ai pris place, le dos bien calé contre la banquette. Attention, il faut toujours avoir un œil et une main posé sur le bol de liquide chaud. De l’autre main, et de l’autre œil, tartinez les biscottes de beurre, miel ou confiture (les jours fastes). Refermez immédiatement les pots avec votre troisième main car ceux-ci adorent sauter de table malgré le tapis antidérapant. La première main doit, pendant ces opérations, compenser le roulis du bateau pour pas que le liquide ne déborde. Bien sûre, ceux qui on choisi le miel doivent faire de même de l’autre côté. Reste à ne pas rater sa bouche ! Une vague qui tape inopinément sur la coque et vous voilà avec du beurre plein les narines, à moins que la biscote se soit brisée entre vos doigts et là, manquant d’une quatrième main, vous ne pouvez que la regarder tristement couler au fond du bol et se désagréger en miettes visqueuses. Heureusement, avec Gil, nous formons une équipe solide et nous nous soutenons mutuellement pendant ces moments difficiles.

Marquises

Adieu Marquises
Nous  vous avons aimées.
L’odeur capiteuse du tiaré à l’oreille
Les jeux d’ombre et lumière entre vos doigts de pierre
Vos  allures de guerrières
Presque  austères, quand passe un nuage sur le front de la mer
Mais qui cache un cœur d’or, généreux et serein
Alangui de musique, de miel et de parfum
Que l’on écoute battre chaque matin
Au champ des coqs libertins
Nous vous avons aimées, Marquises,
Adieu.